Quebec History Marianopolis College


Date Published:
Février 2007

L’Encyclopédie de l’histoire du Québec / The Quebec History Encyclopedia

 

Histoire de la littérature canadienne-française

Les sciences

 

[Ce texte a été publié en 1954. Pour la référence bibliographique précise, voir la fin du document.]

 

La science, au sens générique du mot, embrasse toutes les sciences particulières ; celles-ci sont des exécutions pratiques, des applications de la science, diverses comme les catégories de phénomènes que chacune étudie. La science les ordonne entre elles ; elle en est le fondement parce qu'elle remonte aux causes, recherche la fin, énonce les premiers principes de chaque science spécialisée, et codifie les lois générales qui les régissent. Envisagée dans sa réalité profonde, la science fournit à l'esprit humain les disciplines nécessaires à toute connaissance ; elle est aussi le complément ou mieux encore le parachèvement de la connaissance intellectuelle. Voilà pourquoi il semble à propos de citer, à la suite des oeuvres proprement littéraires, les quelques rares ouvrages scientifiques écrits par des auteurs canadiens-français.

UN PRÉCURSEUR. — Il s'est rencontré en Nouvelle-France, sous le régime français, un homme, Michel Sarrazin de l'Étang, qui reste « le prototype de la science des premiers jours — et peut-être de toujours à date — au pays de Québec », ainsi que le dit son biographe, M. Arthur Vallée (1882-1939), professeur à la Faculté de médecine de l'Université Laval.

Michel Sarrazin, né en France en 1659, arriva à Québec comme chirurgien en 1685. Il retourna à Paris, y séjourna quelques années, puis revint à Québec en 1697 avec le titre de docteur en médecine. Il demeura en Nouvelle-France jusqu'à sa mort arrivée en 1734. C'est pendant ce temps qu'il trouva moyen de se livrer à des recherches sur la flore et la faune de son pays d'adoption. Ces recherches, il ne les fait pas au hasard ni superficiellement, mais avec un véritable esprit scientifique, qui tient compte des moindres détails et exerce un contrôle sévère sur les données recueillies par l'observation.

Il découvre une plante répandue en Amérique et la décrit avec précision depuis la racine jusqu'au fruit, avec toutes les particularités qu'elle présente. Cette plante a reçu le nom de Sarracena purpurea, en mémoire de Michel Sarrazin. Michel Sarrazin a un autre droit à notre souvenir, à nous du Québec : il s'est occupé avec beaucoup d'attention et de soin des deux principaux éléments de notre emblème national : l'Érable et le Castor. Il communiqua le résultat de ses observations et de ses travaux, sous forme de Mémoires, à l'Académie royale des Sciences de Paris.

Michel Sarrazin fut un botaniste éclairé, un biologiste consciencieux ; ses études sur les plantes du pays ainsi que sur différents animaux suffisent à fonder sa réputation d'homme de science.

La rareté de nos productions scientifiques s'explique par des raisons multiples ; les obstacles qui ont entravé le développement de notre littérature ont nui encore davantage aux progrès de la science en notre pays.

Les matières traitées dans les quelques volumes de science dus à des plumes canadiennes-françaises peuvent se classer sous les rubriques suivantes :

1.— Théologie et Philosophie

2.— Sciences sociales et politiques

3.— Sciences naturelles

4.— Philologie

5.— Géographie

 

1. Théologie et Philosophie

MGR LOUIS-ADOLPHE PAQUET fut l'un des plus actifs artisans de la restauration du thomisme au Canada français (1). Sa formation philo­sophique et théologique, il l'a reçue au centre même de la catholicité. Il eut l'insigne honneur de soutenir sa thèse de doctorat devant Léon XIII, qui l'encouragea fortement à remettre à l'honneur la philosophie scolastique. Revenu à Québec, l'abbé Paquet déploya tout son zèle et son dévouement à mettre en pratique les conseils du pape, lesquels étaient pour lui des ordres.

Professeur de théologie au Grand Séminaire, il fit bénéficier ses élèves de la science qu'il avait acquise dans les Universités romaines. Il prolongea l'action bienfaisante de son enseignement oral par de nombreux volumes : La Foi et la Raison en elles-mêmes et dans leurs rapports (1890) ; Commentaria, six volumes sur la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin ; ces commentaires, remarquables par leur sens traditionnel autant que par leur plénitude, reflètent comme dans un miroir fidèle la pensée du Docteur angélique.

Titulaire de la chaire de Droit public de l'Église à l'Université Laval, Mgr Paquet publia ses cours, qu'il compléta dans la suite par d'autres volumes ayant le même titre général : Droit public de l'Église — Principes généraux (1908), L'Église et l'Éducation (1909), L'Organisa­tion religieuse et le Pouvoir civil (1912), L'Action religieuse et la Loi civile (1915). Il n'est que de parcourir la table des matières de ces ouvrages pour se rendre compte de l'importance de « cette oeuvre si pleine de savoir et de haute doctrine » et de l'intérêt supérieur qu'elle présente.

Mgr Paquet a publié plusieurs antres ouvrages : Discours et Allo­cutions (1917), six volumes d'Études et Appréciations — Fragments apologétiques (1917), Mélanges canadiens (1918), Nouveaux Mélanges canadiens (1919), Thèmes sociaux (1922), Nouveaux Fragments apologétiques (1927), Nouveaux Thèmes sociaux (1932) ; Cours d'Éloquence sacrée en 2 volumes : Principes et Préceptes (1925), Genres et Modèles (1926). Au Soir de la Vie (1938) porte en sous-titre : Modestes pages philosophico-religieuses, et se divise en quatre parties : Autour du Thomisme — L'Action divine dans la vie des Peuples — L'Oeuvre sociale catholique — Orientation suprême.

PÈRE M.-CESLAS FOREST, o.p. est Maître en Sacrée Théologie, le plus haut titre universitaire dans l'Ordre dominicain. En 1921, il fut l'un des fondateurs de la Faculté de philosophie à l'Université de Montréal. Nominé directeur des études, il occupe aussi, depuis lors, la chaire de professeur d'histoire de la philosophie. Doyen de la Faculté de philosophie en 1926, il devient, cette même année, titulaire de la chaire de philosophie sociale à la Faculté des Sciences sociales. En 1942, il est fait docteur en Sciences sociales.

 

Le Père Forest a publié : Le Divorce (1920) ; Divorce (1921) (en langue anglaise) ; Science et Philosophie dans Revue trimestrielle canadienne (1923) ; Le Divorce au Canada (1929) ; La Question juive au Canada (1935) ; Le Cartésianisme et l'Orientation de la Science dans La Pensée catholique (1938) ; Vingt-cinq ans de philosophie à l'Uni­versité de Montréal, extrait des Activités philosophiques (1945-46). De plus, une centaine d'articles dans les journaux et les revues.

PÈRE LOUIS LACHANCE, o.p. fut d'abord professeur à l'Institut d'études médiévales, à Ottawa. En 1936, il occupe la chaire d'éthique à l'Angelicum, collège international des Dominicains à Rome ; en 1938, il reprend l'enseignement à Ottawa. En 1944, il reçoit l'investiture comme Maître en Sacrée Théologie.

L'oeuvre écrite du Père Lachance est considérable : S. Thomas dans l'Histoire de la Logique (1932) ; Le Concept de Droit selon Aristote et saint Thomas (1933) ; Où vont nos Vies (1934) ; Nationalisme et Religion (1936) ; L'Humanisme politique de saint Thomas (1939) ; Philosophie du Langage (1943) ; La Société de Réhabilitation ; L'Être et ses Propriétés.

Le Père Lachance réunit, dans Le Concept de Droit selon Aristote et saint Thomas, tous les textes ou ces deux grands philosophes parlent du Droit. Il présente ainsi à ceux qui étudient ou pratiquent la science juridique une doctrine fondamentale sûre et solide. Dans Nationalisme et Religion, il définit deux sentiments, le national et le religieux; il montre que, s'ils doivent s'unir, c'est à condition de se hiérarchiser, la religion étant, de par sa fin surnaturelle, supérieure au nationalisme. Dans L'humanisme politique de saint Thomas, le Père Lachance, après des considérations générales et particulières sur l'État, étudie la personne humaine et en arrive à cette conséquence que « la société politique est fondée sur la nature même de l'individu et que la volonté du bien humain implique celle du bien de l'État ».

Le Père Lachance a publié une centaine d'articles dans diverses revues canadiennes et étrangères.

PÈRE THOMAS-MARIE LAMARCHE, o.p. donne, comme titre à ses deux ouvrages, des questions auxquelles il répond avec sa maîtrise de théologien philosophe : A qui le Pouvoir? A qui l'Argent ? (1938), Comment rendre l'Argent au Peuple ? (1941). Le Corporatisme repré­sente pour l'auteur le juste milieu entre la dictature, sous quelque forme qu'elle existe, et la démocratie, telle qu'elle fonctionne encore en plusieurs pays. La richesse, détenue à l'heure actuelle par un petit nombre de grands financiers, doit être redistribuée d'une manière équitable. Le Père Lamarche établit que la valeur de la monnaie d'échange doit être fondée non sur l'or, mais sur la production. La surproduction entraînant une plus grande quantité d'argent, cet argent reviendrait aux travailleurs sous forme de salaires payés pour de nouveaux travaux.

PÈRE NOËL MAILLOUX, o.p. est professeur de psychologie de la personnalité à l'Ecole normale secondaire, directeur-fondateur de l'Institut de psychologie de l'Université de Montréal et professeur de psychologie expérimentale à la Faculté de philosophie (titulaire) de l'Université de Montréal. Il est éditeur de la collection : Les Méthodes .scientifiques en éducation, et chef-éditeur de la Revue de Psychologie de Montréal. Il a publié quatre volumes : L'Hygiène mentale et l'éducation (1940) ; Les Parents et l'Enfant (1941) ; Le Maître et l'Élève (1942) ; Regards sur les sciences expérimentales (1942). On a aussi de lui un cours de Psychologie pastorale — Le Prêtre et la conscience religieuse (1945-46) miméographié. Plus d'une vingtaine d'articles, portant la signature du Père Mailloux, ont aussi paru dans diverses revues françaises et anglaises.

A un congrès tenu par l'American Psychiatric Association à Washington en mai 1948, le Père Mailloux présentait une importante commu­nication intitulée : Faith and Psychopathology. Les éditeurs de La Vie Spirituelle réclamèrent aussitôt le manuscrit de l'auteur et le publièrent intégralement dans le Supplément de novembre 1948. Ils soulignèrent la portée de cet événement par ces quelques mots d'introduction : « Devant un auditoire presque entièrement incroyant, l'auteur a pu présenter une psychologie de la foi acceptable du point de vue psycha­nalytique et théologique tout ensemble. » L'Osservatore Romano, faisant écho à cette appréciation si laudative et si encourageante pour un penseur qui s'efforce d'explorer des horizons nouveaux, met en relief les principales conclusions de l'article publié dans la grande revue de spiritualité parisienne. (Un professeur, dans Le Devoir, 13 mai 1949).

L'ACADÉMIE CANADIENNE SAINT-THOMAS-D'AQUIN fut fondée en janvier 1930 par S. E. le cardinal Rouleau, o.p. archevêque de Québec. Elle a pour but de développer, d'encourager les études philosophiques et surtout d'ouvrir à tous les esprits « les sources très pures de la doctrine du Docteur angélique ». C'était une nouvelle initiative en vue de suivre les directives données par Léon XIII et ses successeurs pour la formation et l'éducation intellectuelle des sociétés humaines.

Cette Académie se compose de clercs — prêtres et religieux — et de laïcs. Elle se réunit ordinairement une fois par année et présente différents travaux préparés par les membres. Ces travaux sont ensuite publiés en volume, ainsi que les allocutions du président et de quelques personnages distingués qui assistent à l'une ou à l'autre des séances.

L'INSTITUT D'ÉTUDES MÉDIÉVALES D'OTTAWA, fondé (1931) et entretenu par les Dominicains, est placé sous la direction scientifique et administrative de leur couvent d'Études d'Ottawa. Mais son conseil de direction fait appel aux professeurs religieux ou laïques dont le concours peut être utile au développement des études et des travaux. Organisé pour le Canada français, l'Institut vise à former quelques travailleurs qui, en plus de leurs publications, porteraient le bénéfice de leur formation scientifique aux Universités, Séminaires, Scolasticats, Collèges. » (Revue dominicaine — 1931 — pages 171, 702)

Dès 1932, l’Institut fit paraître deux volumes où professeurs et élèves voulurent donner au public canadien une idée des travaux qui s'élaborent au sein de cette École de haut savoir.

Ces publications s'ajoutent à celles de l'Académie canadienne Saint-Thomas-d'Aquin. Ainsi se constitue peu à peu, au Canada français, une Bibliothèque théologique et philosophique qui ira s'enrichissant pour le plus grand avantage de nos travailleurs de l'esprit.

L'Institut d'Études médiévales, annexé en 1942 à la Faculté de philo­sophie de l'Université de Montréal, est né des mêmes préoccupations.

2. Sciences sociales et politiques

DE NEVERS (Edmond Boisvert — 1862-1906) étudia à Berlin ; séjourna successivement à Vienne, Rome, Florence, Naples, Madrid, Lisbonne ; apprit l'allemand, l'italien, le portugais ; fit du journalisme à Paris pendant 7 ans. Son dessein était de devenir une compétence, de se mettre en état de mener à Montréal une vie de travail et de dévouement.

De Nevers a laissé deux livres, dont l'un, vanté par Brunetière, L'Avenir du Peuple canadien-français (1896), fera vivre son nom. Ce livre a le grand mérite de proposer aux Canadiens français un programme complet d'action publique. De Nevers fut un précurseur : on peut reconnaître en lui un des chefs du mouvement qui tend à sauvegarder, au sein de la Confédération, le principe des nationalités.

ERROL BOUCHETTE (1862-1912) puisa dans son entourage des traditions de fierté, le goût de l'initiative personnelle et des études sérieuses. Il fit du journalisme, auquel il fournit des travaux très estimés sur l'Économie politique : Emparons-nous de l'Industrie, L'Évolution économique de la Province de Québec, Études sociales et économiques sur le Canada, Indépendance économique du Canada français. Chargé de la section de la Sociologie française à la bibliothèque fédérale, il y continua ses études sur son sujet de prédilection. Sa pensée essentielle gît dans l'Indépendance économique du Canada. Il affirme, dans la préface de ce livre, ses intentions et son but : éclairer l'opinion sur le devoir économique et social.

Errol Bouchette semble avoir résumé sa doctrine sociologique dans ce texte : « Si le groupe français du Canada veut conserver sa part de légitime influence dans la chose publique, il ne doit pas se contenter de vivre dans la contemplation de ses gloires passées ... Les Canadiens français, qui ont déjà la gloire d'avoir dépassé leurs rivaux dans le maniement de la Constitution britannique, pourraient les vaincre également sur le terrain industriel et commercial, acquérant ainsi la richesse et l'influence nécessaires à l'accomplissement de leur oeuvre en Amérique.»

LÉON GÉRIN (1863-1951), fils d'Antoine Gérin-Lajoie et petit-fils d'Étienne Parent, appartient à une famille qui s'intéressa particulièrement et effectivement aux questions sociales et économiques. Son grand-père fut un précurseur de la science sociale au Canada, et l'oeuvre littéraire de son père, Jean Rivard, a le caractère d'un véritable roman social.

Après avoir suivi les cours de la Faculté de droit à Québec et à Montréal, M. Gérin alla à Paris, en vue de se familiariser avec les méthodes d'observation sociale. A son départ, son professeur, Edmond Demolins, lui déclara : « Maintenant que vous êtes initié à notre méthode, nous allons compter sur vous pour la mise en oeuvre d'études monographiques sur votre pays d'après les procédés que nous vous avons fait connaître. »

De retour au pays, M. Gérin s'installa à Montréal. Il publia bon nombre d'études, soit dans les Mémoires de la Société royale du Canada, soit dans des revues françaises, canadiennes-françaises, anglaises et américaines. Ce n'est qu'en 1937 qu'il se décida à en réunir quelques-unes en un volume intitulé : Le Type économique et social des Canadiens — Milieux agricoles de Tradition française. Ces monographies ont une valeur documentaire : elles mettent en lumière les éléments essentiels de la famille et de la paroisse rurales, en même temps qu'elles renseignent sur la manière de vivre de notre population agricole, que M. Gérin étudie aux différents stades de son évolution :

Paysan colonisateur           — Région du Saguenay (Saint-Irénée)

Habitant casanier               — Région des Trois-Rivières (Saint-Justin)

Cultivateur progressiste       — Saint-Dominique de Bagot

Émigrant déraciné               — Sud de la Province

Exploitant émancipé           — Cantons de l'Est.

Dans ces études, l'auteur emploie la méthode qu'il a apprise de ses maîtres et qu'il a décrite dans un Mémoire lu à la séance du 26 mai 1909 de la Société royale du Canada. M. Gérin est aussi l'auteur d'un Vocabulaire pratique de l'anglais au français (1937). Chef de la traduction des Débats à Ottawa, il a voulu mettre son expérience linguistique au service de ses compatriotes, les aider à parler et à écrire leur langue maternelle avec plus de correction et de précision.

Aux Sources de notre Histoire (1946). A la lumière des lois sociales et économiques, l'auteur nous donne, dans ces pages vigoureuses, des clartés nouvelles qui réduisent à leurs justes proportions maints faits de notre Histoire.

ÉDOUARD MONTPETIT est l'un des pionniers des études sociales, économiques et politiques, dans notre pays. Admis au Barreau en 1904, il alla étudier à Paris et en revint diplômé. Il raconte lui-même ses débuts comme professeur d'Économie politique à l'École des Hautes Études commerciales à Montréal, laquelle ouvrit ses portes en 1910 : « Enseigner l'Économie politique à cette époque, ce n'était pas une tâche facile chez nous. Je n'avais guère de traditions où m'appuyer, car les précurseurs étaient clairsemés ... Je faisais servir tant bien que mal à mon enseignement les leçons que j'avais reçues à l'École libre des Sciences politiques et au Collège des Sciences sociales de Paris, car je voulais que ces rudiments de doctrine fussent d'inspiration française. »

Dès que l'Université de Montréal eut obtenu son autonomie (1920), M. Montpetit, pour faire oeuvre qui dure et procurer aux jeunes l'avantage de se former sur place, organisa une École de Sciences sociales, économiques et politiques, dont il est resté le directeur et l'animateur.

L'oeuvre écrite de M. Montpetit est abondante. Outre de nombreux articles qu'il a publiés dans la Revue trimestrielle canadienne, dont il est le fondateur (1914), ainsi que dans d'autres revues et dans les Mémoires de la Société royale du Canada, il a fait paraître une dizaine de volumes : Les Survivances françaises au Canada (1913), Au Service de la Tradition française (1919), Pour une Doctrine (1931), Sous le Signe de l'Or (1932), Les Cordons de la Bourse (1935), Le Front contre la Vitre (1936), D'Azur à trois Lys d'Or (1937), La Conquête économique I — Les Forces Essentielles (1938), La Conquête économique II — Étapes (1940), Reflets d'Amérique (1941), La Conquête économique III — Perspectives (1943).

Tous ces ouvrages, inspirés par un véritable esprit patriotique, tendent vers le même but : servir la cause nationale. Ils développent quelques idées fondamentales et démontrent que :

a. sur le plan national et social, le groupe canadien-français est une entité distincte dans la masse anglo-saxonne qui l'entoure, qu'il a gardé ses caractères ethniques tout en étant loyal à la couronne britannique;

b. sur le plan économique et politique, les Canadiens français ont été les premiers à vouloir tirer parti de ce principe de la politique anglaise : les impôts doivent être votés et répartis par les représentants du peuple. D'autre part, ils ne se sont à peu près pas préoccupés du problème économique et financier, et « peut-être ont-ils méprisé la richesse sans s'arrêter à sa puissance pour le bien ». M. Montpetit invite ses compatriotes à « veiller à ce qu'aucune des richesses qui nous appartiennent par droit d'héritage ne soit perdue pour ceux qui, poursuivant nos travaux, en auront un besoin plus urgent, sinon désespéré ». (Cf. D'Azur à trois Lys d'Or — page 107)

M. Montpetit est aussi brillant conférencier et l'un de nos orateurs de circonstances les plus réputés.

M. Édouard Montpetit, secrétaire de l'Université de Montréal de 1920 à 1950, a commencé à publier ses Souvenirs. Le premier volume porte en sous-titre : I Vers la vie (1944) ; le second : Il Vous avez la parole (1949). M. Montpetit, qui « est intensément canadien », selon l'expression de M. Étienne Gilson, nous intéresse tout le long de ses Souvenirs. Rien de fade ni d'ennuyeux sous la plume du maître écrivain : une phrase claire, généralement courte, simple et distinguée, avec, ici et là, une pointe d'émotion et de fierté.

ARTHUR SAINT-PIERRE a beaucoup écrit sur les problèmes sociaux de notre pays. Son oeuvre considérable et importante comprend : L'Avenir du Canada français, Vers l'Action, L'Instruction obligatoire, L'Organi­sation ouvrière dans la Province de Québec, Pour le Comptoir coopératif de Montréal, L'Organisation professionnelle, L'Utopie socialiste, Le Devoir social, La Fédération américaine du Travail, Questions et Oeuvres sociales de chez nous, Le comte Albert de Mun, La Question ouvrière au Canada, Le Bilan moral d'une grande expérience sociale, L'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, Le Problème social, Ce que je pense sur ... recueil d'articles traitant des problèmes nationaux les plus actuels.

«Ses exposés sont d'une admirable clarté et solidement construits ; il élague d'une main sûre toutes les objections que le sentimentalisme en affaires dresse sur la route de tous les réformateurs. Quelques pages et l'on sait où l'on va. Il ne s'embarrasse pas des demi-teintes. On sent que la vie économique qu'il a interrogée le conduit vers d'irréductibles conclusions » (Édouard Montpetit : Le Problème social — Introduction, page IV).

PÈRE JOSEPH PAPIN-ARCHAMBAULT, s.j. a écrit de nombreux livres et brochures sur les questions sociales, religieuses et nationales : L'Oeuvre qui nous sauvera, La Question sociale et nos Devoirs de catholiques (1917), Le Clergé et l'Action sociale (1918), Contre le travail du Dimanche, Pour persévérer, Parents chrétiens, sauvez vos enfants du cinéma meurtrier, Les Forteresses du Catholicisme (1921), Le Devoir professionnel (1928), Esquisses sociales (1930), La Restauration de l'Ordre social (1932), Pour un Catholicisme conquérant (1933), L'Action catholique d'après les Directives pontificales (1938), Les Objectifs de l'Action catholique (1940), suite du volume précédent.

«Tous ceux qui soutiennent chez nous les diverses entreprises vouées à l'Action catholique et française savent seuls ce qu'ils doivent au Père Archambault, l'appui précieux qu'ils trouvent dans la chaleur de son enthousiasme et la lumière de sa foi, dans son ardent patriotisme et sa charité intellectuelle» (Antonio Perrault).

Le Père Papin-Archambault est aussi le fondateur des Semaines Sociales du Canada qui ont pour but, par le moyen de cours et de conférences, d'exposer les divers aspects et de présenter les meilleurs modes de solution, du point de vue chrétien, des problèmes sociaux actuels. Véritable université ambulante, Les Semaines Sociales, appuyées par une élite intellectuelle, transportent d'une ville à une autre, chaque année, le siège de leurs opérations.

Depuis leur fondation en 1920, Les Semaines Sociales dotent annuellement les lettres canadiennes d'un volume de discours et de conférences. d'une grande solidité pour le fond et d'une belle tenue littéraire.

VICTOR BARBEAU a voulu faire une sorte d'enquête sur la place que nous occupons dans la grande industrie ; le résultat, ce fut la Mesure de notre Taille (1936). Nous y apprenons que les profits de l'industrie an Canada passent à côté de nous et enrichissent nos voisins. L'auteur ne s'est pas contenté de constater nos déficiences et nos faiblesses d'ordre économique : il cherche et nous fait connaître les moyens à employer Pour nous Grandir (1937) : réforme de l'école, des institutions politiques et économiques. Le Ramage de mon Pays (1939) a pour but d'étudier, ainsi que le marque le sous-titre du volume, Le français tel qu'on le parle au Canada. L'auteur fait encore ici oeuvre de sociologue, puisque la langue reflète l'âme du peuple qui la parle et que sa conservation intégrale est un facteur d'autonomie tout autant que de survivance.

ABBÉ JEAN BERGERON rappelle, dans Loi morale et Pain quotidien (1932), que toutes les crises : sociale, économique, financière, politique, ont pour cause l'oubli de Dieu et la méconnaissance de ses commande­ments. En des chapitres très courts, avec des mots clairs et précis, il détaille les maux dont nous souffrons et indique le remède qui nous guérira. Il ramasse souvent sa pensée en des formules simples, pleines de vérité et de bon sens, qui illustrent la frivolité de l'esprit tout comme l'insouciance du peuple. « Les exploiteurs des passions humaines nous offrent des jeux moyennant finance, et l'on réclame de l'État le pain quotidien que l'homme ne devrait demander qu'à Dieu et à son travail. » (page 84)

M. J.-B. DESROSIERS, p.s.s. présente, dans Choisissons la Doctrine sociale de l'Église ou la Ruine (1936), une série de causeries données à la radio. Dans l'Introduction, l'auteur précise ainsi son but : « Je veux donner à mes nombreux auditeurs des idées aussi nettes que possible sur l'école sociale catholique ; je veux leur faire connaître la solution apportée par les catholiques aux principaux problèmes de l'heure présente.»

M. J.-B. Desrosiers, directeur de l'Institut Pie XI fondé en 1938, a publié : Soyons justes (1945) en deux volumes dans lesquels il étudie la justice sous tous ses aspects, et Par-dessus tout ... la Charité (1948). Ces deux ouvrages, offerts à Sa Sainteté Pie XII, ont valu à leur auteur des paroles élogieuses adressées du Vatican : « Sa Sainteté vous remercie vivement de votre hommage filial. Elle vous félicite de cet effort pour mettre à la portée du grand public les enseignements de la théologie sur les deux grandes vertus chrétiennes dont la pratique importe si hautement au salut de la société comme à celui des individus. »

MAURICE OLLIVIER a étudié, dans Le Canada, pays souverain? (1935), l'évolution politique de notre pays. Simple colonie anglaise soumise à un régime absolu en 1760, il est devenu, depuis le 11 décembre 1931, date de l'adoption du Statut de Westminster, une nation libre dans l'Empire britannique, auquel le rattache le seul lien de la Couronne. L'Avenir constitutionnel du Canada (1935) est une suite logique du volume précédent. Pour l'auteur, le Canada a tous les droits d'un pays souverain, y compris celui de modifier sa Constitution.

L'ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE, fondée en 1911, est une institution permanente avec siège à Montréal. L'un de ses buts est « de vulgariser la doctrine sociale catholique dans toutes les classes de notre popula­tion ». Pour atteindre ce but, les promoteurs de l'oeuvre décidèrent de publier des tracts périodiques. Chaque mois paraissent deux brochures, l'une de 32, l'autre de 16 pages : documents pontificaux, études sur des questions religieuses, sociales, politiques. Ces études ont pour auteurs des sociologues, religieux et laïques, des économistes ou d'autres personnes ayant l'expérience des sujets traités. Les quelque 600 opuscules, de format commode, de lecture relativement facile, parus à date, composent, selon un mot juste, « une encyclopédie de sociologie canadienne ».

En 1941, l'École Sociale populaire a désiré « marquer ses trente ans de service en voulant mieux servir». Pour ce faire, elle présente une revue mensuelle Relations « à tous ceux qui croient en la véritable démocratie, au régime des groupes de pensée libre, dont la convergence d'opinion constitue le meilleur indice pratique de vérité dans l'ordre de l'agir humain ».

Cette revue « ne veut pas devenir une revue technique ou spécialisée, bien qu'elle s'attache au sens social, entendu au sens large ; son allure ne s'embarrassera d'aucun appareil scientifique, elle sera plutôt cavalerie légère, aviation de reconnaissance et de combat : la science mobilisée en vue de l'apostolat social sur le terrain de l'actualité » (Relations, janvier 1941, p. 1).

D'autres auteurs, avocats et juges notamment, ont collaboré à la production scientifique canadienne-française par la publication de quelques ouvrages de Droit. Parmi les plus récents, citons :

Droit Paroissial (1893) et Droit Civil Canadien (9 volumes), par M. le juge P.-B. Mignault. Cette oeuvre, écrite en « style précis, clair, élégant », embrasse tout le domaine du droit civil : Droit parlementaire, Droit constitutionnel. Le premier volume a paru en 1895 et le neuvième en 1916. L'auteur a voulu mettre au service de tous ceux qui s'intéressent à la jurisprudence un corps cohérent de doctrine, doctrine qui s'inspire de nos lois civiles, de nos coutumes et de nos traditions françaises.

Traité théorique et pratique de Droit Civil canadien : Donations et Testaments tome I (1933), par J.-Émile Billette. Cet ouvrage « n'est pas seulement une énumération d'autorités, une juxtaposition de précédents, un recueil de jurisprudence. C'est une véritable étude que l'auteur a pu dédier, en toute justice et en toute vérité, à son professeur de philosophie ; telles pages sont admirables de raisonnements et de logique. » (R. P. Aug. Leduc, o.p. — Revue Dominicaine, fév. 1934, page 150)

Traité de Droit Fabricien et Paroissial — Étude critique de Législation comparée (1936), par Jean-François Pouliot. Le sous-titre de l'ouvrage est justifié par l'étude que fait l'auteur des deux législations, canonique et civile, qu'ont à respecter les Fabriques dans l'administration des biens temporels des paroisses.

Traité de Droit commercial par Antonio Perrault. Le volume paru en 1940 est le troisième d'une série qui en comprendra au moins 5.

Les deux premiers tomes de ce Traité contiennent les données générales du Droit commercial de la province de Québec ... Ce troisième tome est consacré au mécanisme, à la fois économique et juridique, par lequel s'opèrent la circulation des biens entre le pro­ducteur et le consommateur et la circulation de la monnaie ou des titres qui la représentent allant, en sens inverse, du consommateur au producteur. » (Préface)

Manuel de la Cour d'appel — Juridiction civile (1941), par M. le juge Adjutor Rivard. Cet ouvrage « est un précieux instrument de travail qui apporte au plaideur en appel tout ce qu'il doit connaître ».

3. Sciences naturelles

ABBÉ LÉON PROVANCHER (1820-1892) fut un précurseur dans l'étude et le développement des sciences naturelles au Canada français. Le Frère Marie-Victorin le classe d'emblée le premier et le déclare le plus grand des savants canadiens. Ses principaux ouvrages sont : Flore Canadienne, 2 volumes (1862) à laquelle fit bientôt suite, la même année, le Verger Canadien, premier ouvrage du genre au Canada ; la Petite Faune entomologique du Canada, 4 volumes (1877, 1883, 1886, 1889), plus de 2000 pages de texte, décrit des centaines d'insectes jusque-là inconnus à la science. Les livres de l'abbé Provancher sont classiques et d'une valeur inappréciable pour les spécialistes, surtout pour les entomologistes du monde entier. On s'est souvenu tardivement que, dans le monde savant de l'univers, ce prêtre avait donné une voix à notre Canada. (Cf. Action française — 1919 — page 385 et suivantes)

CHANOINE VICTOR-ALPHONSE HUARD (1853-1929) fut directeur du Naturaliste canadien de 1894 à sa mort. Outre ses écrits qui se rattachent aux sciences naturelles sous forme de manuels pour les écoles, il a publié : L'Apôtre du Saguenay (1895), Labrador et Anticosti (1897), Impressions d'un Passant — Amérique, Europe, Afrique (1906), La Vie et l'Oeuvre de l'abbé Provancher (1926), ouvrage qui est un honneur à la fois pour le héros du livre et pour son biographe.

ABBÉ HENRI SIMARD (1869-1927) fut un vulgarisateur de la science physique. Il a publié : Propos Scientifiques — 2 volumes (1920, 1927), qui renferment des conférences faites à l'Université Laval et des articles de revue ; Traité élémentaire de Physique, qui a eu au moins 5 éditions, est un manuel scolaire en usage dans bon nombre d'établissements.

FRÈRE MARIE-VICTORIN, f.e.c. (1885-1944) docteur ès sciences et directeur de l'Institut Botanique de l'Université de Montréal. Botaniste de réputation mondiale, il fut certainement l'un des premiers Canadiens français qui aient fait entrer la botanique canadienne dans l'orbite de la science universelle.

Il a publié de nombreux articles dans les quotidiens, les revues scientifiques ou autres, les Mémoires de la Société royale du Canada ; des conférences, discours, comptes rendus, etc. Mais son oeuvre capitale, « capable à elle seule de rendre un homme illustre », c'est la Flore Laurentienne (1935), « le Livre d'or de nos richesses végétales natu­relles », selon le mot de l'auteur lui-même. Ce volume de plus de 900 pages est le couronnement de 30 années de recherches, de travaux et d'explorations à travers les différentes régions de la province.

« Je dédie ce livre », écrit-il, « à la jeunesse nouvelle de mon pays, particulièrement aux dix mille jeunes gens et jeunes filles qui forment la pacifique armée des Cercles des jeunes Naturalistes. Ce sera mon humble contribution à une oeuvre puissante : le retour des intelligences aux bienfaisantes réalités de la Nature, au Livre admirable et trop souvent fermé, à cette Bible qui parle le même langage que l'autre, mais oh si peu d'hommes savent lire les rythmes de beauté et les paroles de vie. » (Envoi, page 11)

Le Frère Marie-Victorin publia, en collaboration avec le Frère Léon, directeur du Laboratoire de Botanique du Collège de la Salle à la Havane, Itinéraires botaniques dans l'Île de Cuba (1942), 1ère série. Ainsi que le titre le suggère, ce livre se présente comme un journal de route à travers la luxuriante flore tropicale de Cuba. Les auteurs ne se sont pas contentés d'un regard superficiel ; c'est un livre non de vulgarisation, mais de science qu'ils ont écrit. Ce livre aborde des questions et des problèmes nombreux et d'autant plus intéressants pour nous que nous savons peu de chose de l'île de Cuba, située pourtant dans le continent nord-américain. De précieuses illustrations ainsi que des cartes abondantes enrichissent le volume et, par les yeux, aident l'intelligence à mieux comprendre le texte.

Le Frère Marie-Victorin fut aussi un littérateur distingué. On s'en convainc par la lecture des Récits Laurentiens (1919) et des Croquis Laurentiens (1920), évocation heureuse de l'âme canadienne-française en ses multiples manifestations : chants, prières, espoirs, sourires et larmes. Le Frère Marie-Victorin est un observateur subtil ; il a la clé des paysages, le sens des perspectives et un style qui colore et anime tout.

PÈRE PIERRE FONTANEL, s.j. a voulu mettre entre les mains des étudiants de l'enseignement secondaire des manuels faits pour eux parce que vraiment canadiens : Minéraux et Roches du Canada (1924), Le Sol Canadien — Éléments de Géologie appliqués au Canada (1925), Minéralogie et Géologie appliquées au Canada (1927). Il a aussi publié plusieurs brochures intéressantes et instructives se rapportant à l'industrie, à l'hygiène : Les Forces hydrauliques, La Forêt canadienne, Le Logement et la Santé, La Tuberculose, etc.

4. Philologie

JUGE ADJUTOR RIVARD, un des fondateurs de la Société du Parler français, a publié Études sur les Parlers de France au Canada (1914). Histoire, grammaire, défense de notre langue, tels sont les trois objets principaux de ces Études, qui témoignent de la science de leur auteur et de sa tendresse admirative pour le doux parler des aïeux.

M. Adjutor Rivard a aussi composé des récits du terroir : Chez nous (1914) et Chez nos Gens (1918). « Ces récits ont une telle vie, un si bon visage que les plus simples de nos gens peuvent s'y reconnaître dans ce qu'ils ont de meilleur : l'attachement au travail de la terre et l'amour du bonheur fait de peu, tout cela éclairé et auréolé d'une foi forte et vivante.» (La Nouvelle-France — 1918)

LOUIS-PHILIPPE GEOFFRION (1875-1942) a rédigé le Glossaire du Parler français au Canada (1930) préparé par la Société du Parler français. Dans Zigzags autour de nos Parlers — 3 volumes (1924, 1925, 1927), il étudie, comme il le dit lui-même, nos locutions populaires, en recherche l'origine, l'évolution et l'usure. Ces livres écrits avec science et esprit présentent, pour ainsi dire, la petite histoire du langage franco-canadien. Ils suscitent un vif intérêt et ont valu à leur auteur une médaille de l'Académie française.

M. ÉTIENNE BLANCHARD, p.s.s. a beaucoup contribué à épurer la langue dans notre province. Ses ouvrages lexicographiques sont répandus partout : En Garde ! anglicismes et termes anglais dans le commerce, les amusements, les professions, les métiers ; En Français, Dictionnaire du Bon Langage : ce dictionnaire comprend, outre la liste de nos fautes courantes, celle des néologismes à rejeter ou à acquérir, des mots anglais difficiles à traduire. Les autres ouvrages de l'abbé Blanchard sont : Le Bon Français en Affaires, 1000 Mots illustrés, Catalogue de philologie, 2000 Mots bilingues par l'Image, Jeux de cartes du Bon Langage, Recueil d'Idées, Vocabulaire bilingue par l'image, Stylistique canadienne. L'influence de ce prêtre philologue et patriote a pénétré dans toutes Ies classes de la société canadienne-française.

PIERRE DAVIAULT, professeur à l'École de Traduction à l'Université d'Ottawa, a fait paraître : L'Expression juste en traduction (1931) et Questions de Langage (1933) ; puis il a réédité ces deux volumes en un seul : L'Expression juste en traduction (1937). Il vient de publier une troisième série d'études du même genre : Traduction (1941). Ces ouvrages rendent de réels services aux traducteurs de métier. Ils sont aussi grandement utiles à tous ceux qui veulent éviter l'anglicisation, à ceux qui redoutent l'infiltration subtile des anglicismes, sous une forme ou sous une autre, dans notre langue écrite ou parlée. (2)

LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA. — Cette Société, fondée à Québec en 1902, sous le patronage de l'Université Laval, est née d'une pensée éminemment patriotique : entretenir chez les Canadiens français le culte de la langue maternelle, les engager à perfectionner leur parler, à le conserver pur de tout alliage, à le défendre de toute corruption. La langue est pour un peuple une question vitale ; il n'y aurait plus de Canada français le jour où nous aurions sacrifié la vie du parler « qui nous conserve frères ».

 

La littérature canadienne n'eut qu'à se féliciter de l'initiative nouvelle : nos meilleurs écrivains collaborèrent, par des études de philologie, de critique et d'histoire, à l'organe de la Société : Le Bulletin du Parler français. Ils surveillèrent davantage leurs écrits où des mots intrus remplaçaient trop facilement le terne propre ; ils soignèrent de même la forme et l'expression, se tenant sans cesse aux aguets pour dépister l'anglicisme. Et non seulement chez les écrivains, mais encore un peu partout, le Bulletin sonna le réveil et suscita une grande activité : on vit naître, dans presque toutes les maisons d'éducation, des Cercles du Parler français, défenseurs de notre langue et inspirateurs de patriotisme.

CONGRÈS DE LA LANGUE FRANÇAISE AU CANADA. — Le premier Congrès de la Langue française au Canada, organisé sous les auspices de l'Université Laval et par les soins de la Société du Parler français, s'ouvrit à Québec le 24 juin 1912 et se termina le 30 juin. On y vit réunis, par leurs représentants les plus distingués, les Canadiens français de la province de Québec, de l'Ontario, du Manitoba, de l'Ouest et des États-Unis ainsi que les Acadiens du Canada et des Etats-Unis. L'Académie française même s'y fit représenter par Étienne Lamy. Ce Congrès, convoqué pour l'étude, la défense et l'illustration de la langue et de la littérature françaises au Canada, obtint un brillant succès. Les comptes rendus des fêtes du Congrès et les superbes discours qui ont été prononcés à la gloire de notre idiome national forment deux gros volumes.

Au 25e anniversaire du premier Congrès, en 1937, la Société du Parler français a voulu en tenir un deuxième pour renouveler « l'examen de nos positions respectives, vérifier nos forces et nos faiblesses, prendre le point de notre développement ethnique, mesurer une fois encore notre volonté de survivre ». Ce Congrès, placé sous le haut patronage de S. E. le cardinal Villeneuve, archevêque de Québec, vit se grouper, du 27 juin au 1er juillet, 16 archevêques et évêques, dont S. E. Mgr Joseph Le Gouaze, archevêque de Port-au-Prince (Haïti), et des milliers de congressistes venus de toutes les régions du Canada et des États-Unis, même de la lointaine Louisiane et de l'île d'Haiti.

Il y eut une journée des Jeunes où une douzaine de milliers de jeunes gens et de jeunes filles manifestèrent un enthousiasme réconfortant pour l'avenir de l'esprit français en Amérique du Nord. Les enfants eurent aussi leur journée bien à eux et en firent un véritable succès.

Louis Bertrand, de l'Académie française, représentait ce corps éminent. De nombreux travaux « substantiels, riches de pensée et de sève féconde », furent présentés aux séances des sections d'étude et aux assemblées générales. A l'issue du Congrès, un Comité permanent fut constitué pour en continuer l'oeuvre et mettre à exécution les voeux et les résolutions adoptés au cours des réunions.

LA SOCIÉTÉ DES ÉCRIVAINS CANADIENS. — La Société des Écrivains canadiens, fondée en mars 1936, a un double objet:

  • Servir la littérature canadienne d'expression française;
  • Assurer le respect de la propriété littéraire de ses membres.

Elle se compose de

a) Membres d'honneur choisis parmi les protecteurs des lettres et parmi les personnalités littéraires de l'étranger.

b) Membres actifs, tous écrivains de langue française ayant publié un ou plusieurs ouvrages.

c) Membres adhérents, tous écrivains qui, n'ayant pas encore publie tie livres, font preuve d'activité littéraire.

La Société s'efforce de replacer le livre au rang qu'il doit occuper dans la civilisation d'un peuple, à savoir le premier ... Elle publie un Bulletin bibliographique qui contient la recension de tous les ouvrages édités ou réédités au Canada ... Elle commémore les grandes dates littéraires et historiques ... La Société ne néglige aucune occasion de mettre en lumière notre pays... Elle met le Canada français partout où il importe qu'il soit ... (Extraits de La Société des Écrivains canadiens — Ses règlements — Son action, Montréal, 1944, p. 9 et suiv.)

5. Géographie

ÉMILE MILLER (1884-1922) est l'un des rares Canadiens français qui aient étudié la Géographie et en aient traité selon une méthode vraiment scientifique. On a pu dire de lui qu'il aimait la Géographie par amour de la science, mais aussi par ferveur patriotique. Ses livres et son enseignement en prenaient une flamme conquérante. (Cf. Action Française — 1922 — page 117)

En 1920, l'Université de Montréal lui confia une chaire de Géo­graphie. Mais, dès 1913, la Société Saint-Jean-Baptiste l'avait invité à donner des cours publics et populaires au Monument National. Mort prématurément à 37 ans, il n'a pu continuer son oeuvre et donner sa mesure. Il a publié : Terres et Peuples du Canada (1912), Pour qu'on aime la Géographie (1921), Mon voyage autour du Monde, paru d'abord dans L'Oiseau Bleu (1921), puis mis en volume et édité deux fois en 1923 et en 1926. Géographie générale fut publiée en 1924, d'après les manuscrits de l'auteur, par l'abbé Adélard Desrosiers.

Dans Terres et Peuples du Canada, Émile Miller trace d'abord une esquisse de la géographie physique du Canada. Il parle ensuite des deux grandes races qui s'implantèrent au pays et des conséquences de tous ordres qui découlent tant des influences de la terre et des mers sur la vie des peuples que des différences entre les civilisations latine et anglo-saxonne. Pour qu'on aime la Géographie contient les articles publiés par Miller, dans diverses revues, sur la découverte de la terre et l'évolution de la Géographie. Mon voyage autour du Monde est spécialement écrit pour les enfants.

La Géographie générale, ainsi que le note l'auteur dans l'Introduction, est une science autonome ; elle recherche les causes des phénomènes terrestres, explique l'enchaînement des faits physiques et biologiques et mesure l'action réciproque des forces qui modifient constamment la face de notre planète.

Raymond TANGHE, docteur ès sciences sociales, économiques et politiques, a publié Géographie humaine de Montréal (1928), précieuse étude qui projette de la lumière sur certains aspects de la métropole : sa situation, ses routes naturelles et humaines, ses habitations, son embellissement, son port géant et les conditions de sa croissance.

Trois autres volumes : Initiation à la géographie humaine (1943), Géographie économique du Canada (1944), Esquisse américaine (1947) contiennent le texte des causeries diffusées, sous les auspices de Radio-Canada, au programme de Radio-Collège.

RAOUL BLANCHARD, éminent géographe et professeur aux Universités de Grenoble et d'Harvard, a publié L'Est du Canada — Province de Québec (1935). Bien que ces deux forts volumes aient un Français pour auteur, il semble bien qu'ils ont leur place marquée dans l'histoire de la littérature canadienne-française puisqu'ils décrivent une région exclusivement canadienne et qu'ils ont été imprimés à Montréal.

M. Blanchard nous dit, dans l'Avant-propos, qu'il a tenu à honneur de contribuer au développement de la connaissance géographique de l'Amérique du Nord, et il s'est décidé pour le Canada français, vers lequel l'appelaient ses préférences sentimentales et des facilités de travail... La région étudiée ici comprend la partie de la province de Québec située à l'est de la capitale, celle-ci incluse (pp. 7 et 9).

Raoul Blanchard a publié à Montréal, en 1946, une troisième édition, en deux volumes, de Géographie générale, qui avait déjà paru en 1938. Le premier étudie les principaux pays du monde, sauf l'Amérique; le second fait connaître le continent américain : étude rapide de l'Amérique du Nord, particulièrement du Canada et de la Province de Québec.

L'A.C.F.A.S. — Pour hâter l'avancement des Sciences dans notre pays et fournir à tous ceux qui s'y livrent l'occasion d'entrer en relations et de coopérer, quelques universitaires fondèrent en 1923 « une fédération de nos modestes sociétés savantes. A l'origine, ces sociétés étaient au nombre de neuf. » On en compte aujourd'hui une quarantaine. Cette fédération prit pour nom officiel : Association Canadienne-Française pour l'Avancement des Sciences. On la désigne, selon la mode du jour, par un sigle : L'ACFAS.

L'ACFAS groupe tous les hommes de science de langue française du Canada, à quelque catégorie qu'ils appartiennent : Histoire naturelle, Mathématiques, Physique et Chimie, Médecine, Art dentaire, Agro­nomie, Sylviculture, Philosophie, Sciences sociales, Linguistique, Histoire. L'ACFAS organise des Congrès, fait donner des conférences et des cours de perfectionnement par des professeurs canadiens et étrangers. Elle a aussi mis sur pied une bibliothèque où elle se propose de réunir toutes les publications canadiennes, tant françaises qu'anglaises, de caractère scientifique, afin de les mettre ensuite à la disposition des chercheurs.

ACADÉMIE CANADIENNE-FRANÇAISE. — Le 2 janvier 1945, un groupe d'écrivains canadiens fonde à Montréal l'Académie canadienne-française. Composée de vingt-quatre membres, dont seize appartiennent à la littérature proprement dite et huit aux sciences morales, politiques et religieuses, l'Académie se donne pour mission de servir et de défendre la culture et la langue françaises au Canada.

APPENDICE

 

Une histoire de la littérature, comme l'histoire en général, ne peut jamais être définitive. Elle est en perpétuel devenir, puisqu'elle se fait tous les jours. Nous ajoutons ici les noms de quelques écrivains modernes et les titres de certains ouvrages de différents genres parus récemment.

LOUIS-PHILIPPE AUDET: Le chant de la forêt ; La chanson du bonheur ; Le Frère Marie-Victorin, ses idées pédagogiques ; Le Système scolaire de la Province de Québec, tome I ; l'oeuvre complète comprendra huit volumes.

EUGÈNE NADEAU, o.m.i.: Mère Léonie, fondatrice des Petites Soeurs de la Sainte-Famille ; La Perle au fond du gouffre

ADRIENNE MAILLET, romancière : Peuvent-elles garder un secret ? Quelle vie ! Trop tard ; Un enlèvement ; Amour tenace ; De gré ou de force ; La vie tourmentée de Michelle Rôbal

ANDRÉ GIROUX : Au-delà des visages, roman ; Les animaux de la ferme, album

ROGER LEMELIN : Au pied de la pente douce ; Les Plouffe ; Fantaisies sur les péchés capitaux

ROBERT CHARBONNEAU : Les Désirs et les Jours ; Ils posséderont la terre ; Fontile ; Connaissance du personnage

 

ROBERT ÉLIE: La fin des songes

ARCADE MONETTE: La Beauté de Dieu

ANDRÉ DAGENAIS: Vers un nouvel âge ; Restauration humaine

ROLAND VINETTE: Pédagogie générale ; Méthodologie spéciale

MARCEL CLÉMENT: Les Encycliques sont-elles applicables ?

RICHARD ARÈS, s.j.: Notre Question nationale (3 vol.) ; La Confédé­ration, pacte ou loi ? L'Église catholique et l'organisation de la société internationale contemporaine

ROGER DUHAMEL: Les cinq Grands ; Les Moralistes français

(1) D'après le Manuel de M. de Wulf, l'abbé Isaac Desaulniers fut le premier disciple canadien du thomisme.

(2) Nous avons parlé ailleurs de M. Léon Gérin comme philologue.

 

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Source: SŒURS DE SAINTE-ANNE, « Science », Histoire des littératures française et canadienne, Lachine, procure des Missions Mont Sainte-Anne, 1954, 602p., pp. 550-574.

 
© 2007 Claude Bélanger, Marianopolis College