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Dernière mise à
jour :
2001-08-20
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Le
concept de civilisation
Claude Bélanger,
Département des Sciences humaines,
Marianopolis College
Ordinairement, le
concept de civilisation s’entend dans deux sens principaux, lesquels
seront utilisés dans notre cours. On les reconnaîtra facilement
selon le contexte de la discussion.
Dans son sens le
plus commun, le mot civilisation est utilisé de façon
interchangeable avec le mot culture. La culture est la manière
de vivre, de penser, d’agir qui caractérise un groupe spécifique
ou, plus largement, un ensemble plus grand. Une culture a des aspects
politiques, économiques, sociaux, artistiques et autres. Toutes
ces composantes forment, ensemble, la culture d’un groupe. Comme tous
les groupes ont une manière de vie spécifique, tous ont
une civilisation. Donc, quand on étudie l’histoire de la civilisation
occidentale, on examine l’apparition, le développement et l’évolution
des divers aspects culturels qui caractérisent l’Occident.
Le concept de civilisation
est aussi utilisé dans un deuxième sens. Il s’agit d’un
stage de l’histoire; de celui qui suit immédiatement la préhistoire.
On peut donc parler d’une culture ayant atteint le stage de la civilisation.
Plusieurs auteurs le décrivent comme étant un stage avancé
de l’évolution de l’humanité, comme s’il existait, objectivement,
des stages supérieurs et inférieurs. Il faut éviter
de tels jugements, même s’ils sont communs. Le relativisme
culturel se borne à constater qu’il existe plusieurs cultures
différentes qu’on ne cherche pas à hiérarchiser.
Le stage de civilisation est atteint par un groupe lorsqu’il réunit
les cinq caractéristiques suivantes :
- Un niveau de
population suffisant dans un ensemble territorial déterminé.
Cette population doit être en expansion et suffisante pour refléter
la complexité des situations politiques, sociales et économiques
- Une agriculture
en expansion, de façon à ce que des surplus soient
produits et qu’ainsi une proportion modeste de la population puisse
vivre sans être des producteurs agricoles. Cela n’était
pas le cas au cours du Néolithique. L’expansion agricole permet
éventuellement l’accroissement de la population.
- L’existence
de villes. Les encyclopédistes*
du XVIIIième siècle, qui sont les premiers
à avoir utilisé le mot civilisation, l’ont créé
à partir du vocable latin civis qui signifie citoyen,
d’où ville. La ville reflète l’existence d’une société
complexe et productive puisque tous ces citadins ne pourraient exister
si l’agriculture n’était elle-même productive. Quand
les humains ont été libérés d’avoir, au
jour le jour, à assurer leur subsistance, ils ont pu faire
d’autres choses, se spécialiser davantage, créer, devenir
plus productifs. Pendant longtemps, la ville a été perçue
comme la grande production de l’humanité et elle avait conscience
de sa supériorité sur le monde rural, donc « inférieur ».
Il fallait une forme de gouvernement efficace pour organiser la vie
dans une société urbaine. Néanmoins, il faut
toujours se rappeler que, jusqu’à la Révolution Industrielle
des XVIII et XIXième siècles, sauf de rares
exceptions, la grande majorité de la population (80-90 %) continuera
à vivre en milieu rural, d’agriculture.
- Le commerce
(trade) sur une plus grande échelle qu’à l’époque
du Néolithique. Les surplus produits devaient être vendus.
Au stage de la civilisation une forme de « grand » commerce
commence à se manifester, parfois sur d’assez grandes distances.
Une classe de marchands fait donc son apparition. Les différences
de classe deviennent encore plus prononcées. Ce commerce est
centré sur les villes bien qu’une bonne proportion des produits
échangés soit constituée des produits de la terre,
de la zone agricole. Les métaux, souvent sous forme d’outils
ou d’armes, sont aussi échangés à ce stade.
- La dernière
caractéristique est de l’écriture. L’apparition
de l’écriture est reliée à la complexité
du style de vie qui apparaît au stage de la civilisation. Des
sociétés à vaste population devaient se donner
des lois, les faire connaître et leur donner un élément
de permanence en les mettant par écrit. Les marchands devaient
tenir un système de comptabilité pour pouvoir suivre
leurs affaires. Deux grands systèmes d’écriture firent
leur apparition.
Malgré ses
caractéristiques qui démontrent l’existence d’une société
évoluée, il faut se garder de confondre stage de civilisation
et le mot civilisé qu’on utilise aujourd’hui par opposition
à ce qui existe de nature, qui est dans son état naturel,
c’est-à-dire inorganisé, sans amélioration, ou
encore « barbare ». Telle a longtemps été la
dichotomie qui existait entre les êtres « civilisés »,
par nature évolués et supérieurs, et les « arriérés »,
les « frustres », les « barbares », donc des non-civilisés,
qui cherchaient, inévitablement, à détruire ce
qu’ils ne comprenaient et ne possédaient pas. Doit-on rappeler
que ce sont des êtres dits « civilisés » qui
ont commis les plus grands actes de barbarisme de l’histoire de l’humanité,
tels l’Holocauste contre les Juifs ou la pollution massive de notre
planète... Quand on examine les cultures, il faut le faire avec
les yeux du relativisme
culturel.
©
2001 Claude Bélanger, Marianopolis College
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