Quebec History Marianopolis College


Date Published:
Décembre 2005

L’Encyclopédie de l’histoire du Québec / The Quebec History Encyclopedia

 

John Neilson

 

NEILSON (John) (1776-1848), publiciste, député, conseiller exécutif et spécial, président du législatif.

 

Le sixième enfant de William, seigneur, et d'Isabel Brown, il naquit, le 17 juillet 1776, à Dornald, comté Kilculwright (Ecosse), étudia les éléments à Balmaghie, sa paroisse natale. En 1790, ses parents l'envoient chercher fortune au Canada, le confient aux soins de leur fils aîné Samuel, qui venait de succéder à son oncle William Brown, en qualité de propriétaire-rédacteur de la Gazette de Québec, fondée par lui, le 21 juin 1764, avec son ami Gilmore. Mais Samuel mourut en 1793, laissant John apprenti et mineur sous la tutelle d'Alexander Sparks, ministre presbytérien. En 1796, devenu majeur, John est rédacteur-propriétaire du journal hebdomadaire, imprimé dans les deux langues; en 1819, la publication parut deux fois la semaine.

 

Le 28 mars 1818, les électeurs du comté de Québec le nommaient député jusqu'au 2 sep­tembre 1830. Aussitôt, le journaliste entreprit l'étude de l'agriculture et de l'éducation, s'occupant conjointement de la répartition des terres de la Couronne, de l'arpentage, de l'exploration des forêts à défricher. Il prit part aux discussions relatives au contrôle et à l'appropriation des revenus publics, aux accusations portées contre leurs percepteurs, au cumul des fonctions, aux critiques soulevées contre les abus de l'administration colo­niale, etc. Comme la Gazette servait au gouvernement d'organe ou de Bulletin officiel, M. Neilson se libéra de toute ingérence et s'assura, en toute bonne foi et intégrité de caractère, la pleine liberté de ses opinions politiques, en transférant à son fils Samuel la possession et la rédaction de cet organe de publicité : durant un an (1822-23), il parut avec la mention officielle c communiqué par l'autorité ». A la révocation de cette clause, la Gazette retrouva son indépendance.

 

En septembre 1822, l'on apprit au Canada que la métropole avait décidé l'Union du Haut et du Bas-Canada; aussitôt, assemblées de protestation à Montréal et à Québec et signa­ture de pétitions. Au mois de décembre, les comités antiunionistes déléguaient MM. Papineau et Neilson à Londres, lesquels partirent au commencement de 1823. Ils rédigèrent un long mémoire à l'adresse des ministres et des deux Chambres (V. Th. Chapais, t. III). Leur mission fut couronnée de succès.

 

En 1824, à l'occasion du vote des subsides, M. Neilson différa d'avis avec M. Papineau; il avait l'esprit plus judicieux, plus calme, plus pondéré : ce qui présageait déjà l'irré­parable scission entre les deux chefs politiques. Au mois de janvier 1828, MM. Neilson, Denis et Benjamin Viger et Austin Cuvillier partaient pour Londres comme délégués officiels de 80.000 protestataires, afin de soumettre à la métropole leurs griefs et d'en demander le redressement. « Le peuple, disait dans son Rapport M. Neilson, commence à voir ce qui se passe dans le pays voisin, que les gouvernements y sont bien administrés et à bon marché. » Leur plaidoirie, après deux mois d'enquête et de discussions, remporta une éclatante victoire. Durant l'année 1830 et la suivante, M. Neilson rédigea treize propositions dans un esprit de conciliation : il réunit un groupe de partisans modérés, dont la plupart devaient se séparer de M. Papineau, soit sur la question de l'élection du Conseil Législatif, soit sur celle des 92 résolutions, soit sur celle des subsides. Le 11 janvier 1832, le Canadien publiait le compte rendu d'un banquet en son honneur, accompagné de la présentation d'une coupe en argent ciselée, portant une flatteuse inscription: c'était un don, de la valeur de 180 guinées, accordé par souscription en témoignage de la gratitude populaire, pour ses succès à Londres en 1823 et 1828. Le 31 décembre 1831, il s'opposa avec force au vote du Bill des Fabriques. En 1832, M. Papineau et M. Neilson refusaient l'offre de sièges au Conseil Exécutif. Le Canadien en exprima le regret. A la session de 1833, Neilson combattit les desseins de son ami pour l'élection du Conseil et pour le droit d'affectation du revenu; il se sépara de lui sur les 92 résolutions avec 24 adhérents. Puis il disparut de la Chambre.

 

Le 22 août 1837, lord Gosford le nommait conseiller exécutif, charge qu'il déclina pour accepter le titre de conseiller législatif, jusqu'au 27 mars 1838 : du 2 avril au 1er juin, il fut membre du Conseil Spécial (V. ce mot). Il émit son vote contre l'Union. Une fois dé­clarée, les électeurs de Québec donnaient à M. Neilson un dernier mandat, du 8 avril 1842 au 23 septembre 1844. En octobre 1847, il contracta un refroidissement et se raidit contre le mal en rédigeant la Gazette jusqu'au 21 janvier 1848 : il mourut le lendemain. Le gouvernement de Québec a affecté son nom à un canton.

Source: Louis LEJEUNE, s.j., "John Neilson", dans Dictionnaire général de biographie, histoire, littérature, agriculture, commerce, industrie et des arts, sciences, moeurs, coutumes, institutions politiques et religieuses du Canada, Vol. 2, Ottawa, Université d'Ottawa, 1931, 829p., p. 336.

 
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